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Les caractéristiques du futur musée

Les caractéristiques du futur musée

Maquette de la Bourse de Commerce montrant l’emboîtement dans l’atrium du cylindre conçu par Tadao Ando.

 

 

Le projet culturel de François Pinault se déploie, depuis 2006, selon un triple principe. Celui, d’une part, d’un réseau de musées permanents, installés à Venise : le Palazzo Grassi, complété en 2013 de son auditorium, le Teatrino, et la Pointe de la Douane, tous trois conçus ou réhabilités par Tadao Ando. Celui, d’autre part, d’un programme d’expositions hors les murs, en partenariat avec de nombreuses institutions en France et à l’étranger, qui permet de confronter les oeuvres de la collection à des contextes et à des publics renouvelés. Celui, enfin, du développement d’initiatives en faveur du soutien à la création et de l’histoire de l’art, comme la résidence d’artistes de Lens ou le prix Pierre Daix.

Avec la Bourse de Commerce, à Paris, la Collection Pinault change ainsi d’échelle. Elle renforce son réseau de sites culturels permanents, tout en préservant l’identité de chacune de ses composantes. La Bourse de Commerce occupera une place centrale dans ce dispositif original, en entretenant avec le Palazzo Grassi, la Pointe de la Douane et le Teatrino des relations de collaboration, de complémentarité et de synergie.

La Bourse de Commerce aura vocation à présenter une programmation conçue à partir d’accrochages thématiques d’oeuvres de la collection Pinault, de monographies consacrées à ses artistes majeurs, de commandes spécifiques, de cartes blanches, et de projets in situ. Ces expositions, de durées variables, s’articuleront dans les différents espaces de manière à proposer au public une offre permanente tout au long de l’année. Celle-ci s’accompagnera d’une dense programmation culturelle et éducative, dotée d’espaces dédiés.

Le projet architectural de la Bourse de Commerce consacre à la programmation et à l’accueil du public le plus d’espace possible, les bureaux, espaces techniques ou de réserves étant réduits au minimum, et presque entièrement localisés à l’extérieur du site.

Il propose ainsi environ 3000 m2 d’espaces d’expositions, aux surfaces variées (modules de 100 à 600 m2), utilisables de manière autonome ou combinée pour pouvoir, le cas échéant, accueillir des projets nécessitant un déploiement de grande ampleur. Les volumes allant de l’intime au monumental, sont pensés pour accueillir le plus justement possible des oeuvres de techniques et de formats divers, de la photographie aux grandes installations en passant par la peinture, la sculpture ou la vidéo.

Les espaces d’exposition sont complétés par un auditorium de 300 places, susceptible d’accueillir dans les meilleures conditions conférences, colloques, projections, concerts…, ainsi qu’un vaste foyer, et une « boîte noire » propice à la présentation d’installations vidéos, de performances et de formes expérimentales.

Un soin particulier, assorti du nécessaire pragmatisme qu’imposent les contraintes d’un bâtiment historique, est apporté aux conditions de climat et de lumière, tant artificielle que naturelle, aux aspects techniques des installations (charge au sol, accès, montecharges…) ainsi qu’à la dimension de lisibilité, de continuité et de confort du parcours du visiteur.

L’état d’esprit qui préside au projet architectural et muséographique est celui d’un dialogue serein, bienveillant et non autoritaire avec le contexte historique et patrimonial, avec les oeuvres et avec le public.

 

Martin Bethenod, directeur général délégué

Le réaménagement du bâtiment en musée

L’élément structurant du projet de transformation de la Bourse de Commerce est un écho au principe fondamental du bâtiment : sa circularité. Tadao Ando a inséré son intervention au sein même de l’édifice, en dialogue avec ses éléments historiques, scrupuleusement restaurés. Nous comprenons ce choix comme la nécessaire transcription du parti qu’il a souvent adopté face aux sites naturels. Ici, la culture, l’histoire du bâtiment et celle du Paris, capitale du XIXe siècle, sont l’environnement avec lequel il s’agit de faire corps.

Un cylindre en béton, aux parois lisses percées de quatre ouvertures identiques et surmonté d’un oculus filtrant la lumière, s’imbrique dans le vide central. Ce dispositif gomme tous les repères pour affirmer un espace unitaire, abstrait et fixe. Le centre du bâtiment, lieu de stockage du blé, puis panier vibrant de la bourse, ouvert à l’origine sur la ville aux rues convergeant vers lui pour y déverser littéralement leur activité, s’isole. Il devient le lieu d’une expérience introspective de rencontre avec les oeuvres. Les composantes essentielles de l’architecture du lieu — la forme circulaire, la coupole, la présence contrôlée de la lumière — sont les protagonistes d’une scénographie qui entend soustraire le visiteur aux contingences et lui permettre d’accéder à une dimension unique, celle du « ici et maintenant ».

L’enjeu du projet de reconversion de la Bourse de Commerce en musée est l’organisation des conditions d’une déambulation et la création d’un outil d’exposition souple et adaptable, prêt à accueillir la multiplicité des supports des pratiques artistiques contemporaines. L’intervention s’appuie sur les attributs existants et les éléments exemplaires du bâtiment. Il résulte de multiples étapes destructives et constructives. L’appropriation de ce processus itératif consiste à ajouter une nouvelle strate. Les passages réels et symboliques vers l’histoire de l’édifice et les éléments exemplaires que sont la colonne Médicis, les escaliers à double révolution ou la rotonde, marquent la vision d’un rapport à l’histoire comme socle de la création contemporaine.

Le cercle, forme particulière en architecture, et l’expérience spatiale inhabituelle qu’il induit, offrent l’occasion de visites et de promenades libres et infinies, au potentiel de renouvellement constant. Elle apparaît comme métaphore du mouvement de la création et des relectures de l’histoire de l’art dans lequel les liens, les rapports et les énergies se diffusent et se rejouent de manière non-linéaire, selon des logiques parfois secrètes ou invisibles. Tadao Ando s’est depuis toujours saisi de la forme particulière du cercle ; elle est dans son oeuvre une récurrence, presque une marque visuelle.

Un faisceau unique de conditions fait de ce lieu le point d’une rencontre, d’un dialogue entre un bâtiment ayant traversé les époques, la volonté de présenter et de faire vivre aux yeux du public une grande collection d’art contemporain, et l’oeuvre de Tadao Ando.

Nicolas Le Camus de Mézières croyait en la force suggestive des formes sur les émotions humaines. Il avait placé en exergue de son ouvrage au titre évocateur, Le Génie de l’architecture ou L’Analogie de cet art avec nos sensations, une formule : « C’est peu de plaire aux yeux, il faut émouvoir l’âme ». En 1977, Tadao Ando développait justement dans un texte la notion « d’espace fondamental d’émotions », décrit comme l’une des quêtes de l’architecture.

Dans l’espace central de la rotonde, les volumes, sous la lumière changeante et les peintures d’une nature rendue abstraite — nuages, neige, soleil et vent — sont les témoins muets du mouvement perpétuel de l’échange et de la création.

 

Lucie Niney et Thibault Marca, NeM Architectes

Histoire de la Bourse de Commerce

La valorisation d'un monument historique

La valorisation d'un monument historique

Image de synthèse du cylindre de béton, vu depuis le centre de l’atrium.

 

L’histoire de la Bourse de Commerce débute au XVIe siècle, dont le seul vestige est la colonne Médicis. Par la suite, le bâtiment évolue au gré de ses usages et des transformations urbaines du quartier des Halles. Ce faisant, son histoire se confond avec celle de la capitale.

Les métamorphoses du quartier des Halles ont conduit à la patrimonialisation progressive de la Bourse de Commerce. Au XVIIIe siècle, la Halle au Blé de Nicolas Le Camus de Mézières intègre déjà la colonne de Médicis, vestige du XVIe siècle. Le bâtiment est alors enclavé au centre de l’un des plus importants projets de lotissement parisien. Quand les Halles de Baltard sont construites, à partir de 1852, la colonne est classée au titre des Monuments historiques (par liste de 1862), en même temps que la Cathédrale Notre-Dame de Paris ou la Sainte-Chapelle. Transformé en Bourse de Commerce en 1889 par Henri Blondel, l’édifice tourne désormais le dos aux Halles pour s’ouvrir sur la rue du Louvre, nouvellement percée, et sur le Paris moderne du Baron Haussmann. La destruction dramatique de l’oeuvre de Baltard, à l’origine de la prise de conscience de la valeur de l’architecture du XIXe siècle, entraîne l’inscription en totalité de la Bourse de Commerce en 1975. Ce nouveau regard sur les patrimoines aboutit au classement au titre des Monuments historiques de l’exceptionnelle coupole de Bélanger en 1986. Malgré ces protections, les travaux réalisés à partir des années 1970 ont conduit à une certaine démonumentalisation de l’édifice par la création de trémis dans la rotonde, le remplacement des menuiseries extérieures, mais également la disparition de décors sous les doublages modernes.

La reconversion de la Bourse de Commerce en musée d’art contemporain porte deux volets : la restauration en l’état 1889 et une écriture contemporaine au profit de son nouvel usage.

Le projet de restauration est global : celle des façades extérieures et intérieures, des toitures, des toiles marouflées en pied de coupole, des décors conservés, ainsi que la mise en valeur des installations techniques de production d’électricité et de froid fonctionnant suivant le procédé d’air comprimé. La charpente en fonte et fer de la coupole sera conservée et une nouvelle verrière intégrera des produits verriers dont la technologie améliorera considérablement la conservation préventive des décors peints et des oeuvres exposées. Enfin, l’analyse historique a permis d’identifier les vestiges du XVIIIe siècle et les éléments manquants de l’état XIXe. La qualité des sources permet de proposer la restitution des grandes menuiseries extérieures créées par Blondel, le rétablissement du cadran solaire et de la fontaine de la colonne de Médicis, ainsi que la restitution de l’ensemble des ornements de couverture, aujourd’hui disparus.

L’importance patrimoniale de la Bourse de Commerce et le geste radical du projet de Tadao Ando ont requis le passage devant la Commission Nationale des Monuments Historiques le 6 février 2017. La Commission a émis un avis favorable à l’unanimité. Le dossier a également été présenté à la Commission du Vieux Paris le 22 février 2017 qui a émis un voeu laudatif.

L’histoire de la Bourse de Commerce révèle un édifice en transformation permanente conservant strictement le modèle de l’édifice circulaire, sommé d’une coupole remarquable. Le projet, porté par la Collection Pinault – Paris, poursuit cette histoire architecturale en conservant la mémoire de l’édifice historique et en apportant une intervention contemporaine en dialogue.

 

Pierre-Antoine Gatier, architecte en chef des Monuments historiques

Le restaurant

Le restaurant
Le restaurant

 
   Michel et Sébastien Bras © Bras

 

François Pinault a souhaité confier aux chefs Michel et Sébastien Bras les rênes du restaurant qui prendra place au dernier étage de la Bourse de Commerce. De l’Aubrac à Paris, en passant par le Japon, retour sur un parcours singulier, ses valeurs et ses sources d’À l’initial, il y a l’Aubrac.

À l’initial, il y a l’Aubrac. C’est là qu’à six mois Michel Bras ouvre les yeux sur le premier printemps. Tout comme lui, la vie sort de sa léthargie, s’éveille et se révèle pleine. Il s’imprègne de la geste familiale, entre un père forgeron et une mère occupée aux arts ménagers qui, par la force des choses, deviendra cuisinière à plein temps. L’enfant trempe son caractère au feu de la forge, à celui des fourneaux. S’imprègne des dures heures de labeur et du bonheur de réjouir une tablée. Dans son innocence, il touche du doigt à une magie qui sera sienne.

C’est sur ce haut plateau fouetté par le souffle glacé de l’écir que Michel a poussé dans les aubes perlées de rochers. Que sa germination s’est jouée au secret compagnonnage des « sauvages », ces plantes qui ourlent puechs et drailles de l’Aubrac.  L’Alto Braco, un territoire qui de par sa géographie parle déjà d’infini en passant outre les frontières du Cantal, de la Lozère et de l’Aveyron. Chez Bras, on est fait de chair,  de silence, de ciel et de terre.

Il faut imaginer le jeune homme courant dans « le vent mêlé des pâtures », le voir soudainement arrêter sa course pour cueillir la reine-des-prés, l’oseille acetosa, se piquer la langue au picolingo — dont plus tard  il découvrira la petite sœur vietnamienne, le rau-raum, une coriandre très parfumée —,  le voir guetter les stations d’ail des ours, déterrer les chénopodes, s’adonner à ce curieux grain de folie qui en lui toujours survit. Il ne le sait pas encore mais un jour tout cela sera mis en mets. Car, dans sa souveraine alchimie, l’Aubrac l’a choisi. Il sera cuisinier !

Et puisqu’il connaît la richesse des myriades de plantes et de fleurs que compte  ce plateau, c’est auprès d’elles qu’il fera son œuvre. Une œuvre gastronomique et poétique appelée à se fondre dans « cette forteresse naturelle » qui l’envoûte, « ce désert, où le ciel, le minéral, le végétal, tout ramène à l’essentiel ». Il y a vingt-cinq ans, avec Gi son épouse, il s’implante dans un lieu autrefois nommé « Le Délaissé » car aucun éleveur n’en voulait. Parce qu’il le sent plus qu’il ne le sait, il en modifie  la destinée, transfigure le passé.

Il fallait oser donner une vision contemplative de l’Aubrac, pousser l’épure pour être au plus près de la Nature. L’architecture, cette écriture du bâtiment, est perçue comme un prolongement du sentiment. Une bulle de verre se tient en équilibre au bord du pré telle une goutte de rosée. Un filet d’eau court dans la maison Bras comme une veine où s’abreuver, qui rigole à longueur de journée. Le Suquet, cet ancien délaissé, devient un univers à part, intemporel. Le souffle de l’Aubrac porte au loin la nouvelle. On y vient alors de toute part, s’y ressourcer, s’y nourrir et faire le plein de liberté ! C’est là que naît le Gargouillou, un plat si personnel qu’il fera le tour du monde.

Entre-temps, Sébastien a rejoint l’aventure — épaulé de Véronique son épouse qui, tout comme Gi, veille à l’harmonie et la tranquillité des âmes. Père et fils entretiennent une fraternité de cœur, de champs, de rivières et de forêts. Leur jeunesse partagée tient à ce regard d’enfant, en mouvement permanent. Leur respiration, cette intime pulsation, est accordée au rythme des saisons. Ensemble,  ils sont de tous les voyages. Ils se nourrissent au plus profond d’ici et au grand large d’ailleurs. Un jour, un appel du Levant résonne sur les hauteurs de Laguiole. On vient chercher les Bras pour qu’ils sèment leur graine de bonheur sur l’île d’Okkaido. Tout comme à Lagardelle, où s’épanouissent l’oseille argentée, la balsamite odorante, le cosmos sulfureux, la valériane phu ou le fenouil bronze… — glanés aux quatre coins du monde —, ils y auront leur jardin, recréeront tout un écosystème. Pétris d’Aubrac, Michel et Sébastien Bras sont comme lui sans frontière. Tandis que l’un se reconnaît des affinités avec les Peuls, « ces gens du lait », l’autre fabrique son propre miso avec des lentilles de la Planèze… Chez eux, rien qui enferme, jamais !

Le principe de vitalité poursuit son œuvre et bientôt c’est à Rodez qu’ils sont appelés, au côté du peintre Soulages. Dans l’antre du musée, ils créent le café Bras. Tout comme pour l’outrenoir, l’architecture du bâtiment leur va comme un gant. Il y a la sobriété et la pureté des lignes, l’acier vibrant sous les assauts du temps. Michel y retrouve un peu cette matière vivante que travaillait son père. Langage universel tissant sa propre toile, les arts se rejoignent. La cuisine comme le tableau — ou comme la photographie qu’il affectionne — est une métaphore. En rien coupée du monde mais cernée par lui, elle lui doit son sens, diraient-ils d’une même voix. Se réinventer sans cesse, s’inspirer et toujours se recentrer. Ne se soucier d’aucune mode, être ce que l’on est. Telle est, je le crois, leur simple vérité !

 

Corinne Pradier, écrivaine

Le comité scientifique

La maîtrise d’ouvrage de Collection Pinault—Paris s’est entourée d’un comité d’experts dont l’objectif est double : favoriser le travail d’approfondissement des connaissances historiques sur l’édifice de la Bourse de Commerce et examiner toutes les options de rénovation des éléments classés et inscrits proposées par la maîtrise d’oeuvre.

Une partie de ce comité suivra tout particulièrement la mise en valeur des machines à air comprimé situées au sous-sol de la Bourse de Commerce : elles sont les vestiges d’une ancienne station électrique, installée par la Compagnie Victor Popp à la fin du XIXe, qui a assuré pendant plusieurs décennies l’éclairage public des quartiers alentour. Siègent, à ces comités :

DRAC :

Dominique Cerclet

conservateur général du patrimoine, conservateur régional des Monuments historiques

Marie-Hélène Didier

conservateur général des Monuments historiques

Inspection des patrimoines :

Régis Martin

architecte en chef des Monuments historiques, inspecteur général des patrimoines

Caroline Piel

conservateur général du patrimoine, inspecteur général des patrimoines

Laboratoire Régional des Monuments historiques :

Thierry Zimmer

directeur adjoint

Witold Novik

ingénieur de recherche, responsable du pôle peinture

Annick Texier

ingénieure de recherche, responsable du pôle métal

Véronique Vergès-Belmin

ingénieure de recherche, responsable du pôle pierre

Personnes qualifiées :

Jean-François Belhoste

directeur d’études de la section Sciences Historiques et Philologiques à l’École Pratique des Hautes Études (EPHE)

Lionel Dufaux

responsable de collections au Musée des arts et métiers, Paris

Guillaume Fonkenell

conservateur chargé de la sculpture et de l’architecture au Musée national de la Renaissance château d’Écouen

Christophe Leribault

conservateur général du patrimoine, directeur du Petit Palais, musée des Beaux-arts de la Ville de Paris

Paul Smith

historien, direction générale des patrimoines du ministère de la Culture

Experts auprès de la maîtrise d’oeuvre :

Justine Aufradet

ingénieure architecte du bureau d’études Unanime

Madeleine Hanaire

restauratrice de peintures

Benoît Stehelin, Bernard Vaudeville, Jean-François Nicolas

du bureau d’études T/E/S/S